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Greta Thunberg, une enfant de 16 ans, est devenue la porte-parole de tous ceux qui s’inquiète du climat. Alors que des savants cherchent à expliquer les conséquences de la crise climatique depuis des décennies, c’est une enfant qui actuellement incarne leur discours. Greta Thunberg est rapidement devenue une icône, ce qui ne va pas sans danger. D’une part, le danger de récupération est proportionnel à l’écho médiatique que suscite son discours. On peut lire à ce titre l’analyse d’Isabelle Attard :

https://reporterre.net/Le-capitalisme-vert-utilise-Greta-Thunberg

D’autre part, Greta s’expose à des critiques qui, parfois vont trop loin.  Certains s’en prennent à son jeune âge, comme on l’a vu en France, lorsqu’elle a été invitée à parler à l’Assemblée nationale. Un député a même déclaré qu’il n’entendait pas « applaudir une prophétesse en culottes courtes ».

Greta Thunberg au Parlement européen le 16 avril 2019  Source de la photo : Parlement européen

Greta Thunberg au Parlement européen le 16 avril 2019
Source de la photo : Parlement européen

Et pourtant, ne serait-ce pas dans son jeune âge qu’il faudrait trouver ce qui fait la force de son discours ? Cherchons quelques modèles d’enfants ou de jeunes considérés comme crédibles.

Le célèbre conte d’Andersen intitulé « Les habits neufs de l’Empereur » illustre bien la situation. Commençons par un résumé de l’histoire (merci Wikipédia !) :

ll y a de longues années vivait un empereur qui aimait par-dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour.

Un beau jour, deux escrocs arrivèrent dans la grande ville de l’empereur. Ils prétendirent savoir tisser une étoffe que seules les personnes sottes ou incapables dans leurs fonctions ne pouvaient pas voir et proposèrent au souverain de lui en confectionner un habit. L’empereur pensa qu’il serait exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume. Les deux charlatans se mirent alors au travail.

Quelques jours plus tard, l’empereur, curieux, vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien car il n’y avait rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot. Il envoya plusieurs ministres inspecter l’avancement des travaux. Ils ne virent pas plus que le souverain, mais n’osèrent pas non plus l’avouer, de peur de paraître imbéciles.

Tout le royaume parlait de cette étoffe extraordinaire. Le jour où les deux escrocs décidèrent que l’habit était achevé, ils aidèrent l’empereur à l’enfiler. Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements.

Seul un petit garçon osa dire la vérité : « Mais il n’a pas d’habits du tout ! » (ou dans une traduction plus habituelle : « le roi est nu ! »). Et tout le monde lui donna raison. L’empereur comprit que son peuple avait raison, mais continua sa marche sans dire un mot.

Cette histoire illustre bien les mécanismes du déni dès lors qu’il s’agit de garder sa position. L’empereur ne veut pas paraître stupide, pas plus que ses courtisans et même son peuple. Il faut l’innocence d’un enfant pour que la vérité éclate enfin. Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Voilà pourquoi le discours de la jeune Greta Thunberg a un impact si fort.

On trouve d’autres enfants porteurs de vérité, d’espoir et de vérité dans l’histoire.

C’est un enfant nommé Jésus qui est synonyme d’espérance dans la civilisation judéo-chrétienne. Le sauveur promis par plusieurs prophètes arrive dans le monde sous la forme d’un bébé sans défense, né dans le plus grand dénuement et qui, peu après sa naissance, doit se réfugier en Egypte pour fuir les sicaires du roi Hérode. En effet, le souverain craignait pour son pouvoir, confondant pouvoir séculaire et royauté céleste. Si la naissance du Christ, la fête de Noël, est célébrée lors du solstice d’hiver, ce n’est pas un hasard. Au plus profond de la nuit, la lumière finit par vaincre les ténèbres. Au début, cette victoire du jour sur la nuit et, partant, de la vie sur la mort, ne se remarque pas. Il faut attendre la période de la Chandeleur pour cela. Qui mieux qu’un enfant peut symboliser cette victoire sur les ténèbres ou la mort. L’enfant est faible à sa naissance, mais il est porteur d’espoir.

Jésus est présenté comme un enfant doté de capacités intellectuelles étonnantes, comme en témoigne un épisode de l’Evangile de Luc :

Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem, à la fête de Pâque. Lorsqu’il fut âgé de douze ans, ils y montèrent, selon la coutume de la fête. Puis, quand les jours furent écoulés, et qu’ils s’en retournèrent, l’enfant Jésus resta à Jérusalem. Son père et sa mère ne s’en aperçurent pas. Croyant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin, et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Mais, ne l’ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Tous ceux qui l’entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. Il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur. Et Jésus croissait en sagesse, en stature, et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. (Luc 2, 41-52, traduction Segond)

L’épisode a été maintes fois traité dans la peinture. On représente régulière un Jésus juvénile et sûr de lui et entouré de vieillards perdus dans leurs ouvrages.

Cercle de José de Ribera, Jésus parmi les docteurs de la loi, 1630, Kunsthistorisches Museum Wien

Cercle de José de Ribera, Jésus parmi les docteurs de la loi, 1630, Kunsthistorisches Museum Wien

Une figure illustre bien que la jeunesse n’est pas un obstacle à l’action dans une situation périlleuse. Jeanne d’Arc n’avait pas vingt ans quand elle fut suppliciée sur le bûcher à Rouen. C’est vers l’âge de dix-sept ans que la jeune Jeanne entend des voix, qu’elle attribue à Saint Michel, Sainte Marguerite d’Antioche et Sainte Catherine d’Alexandrie. On est alors en pleine Guerre de Cent Ans et les Anglais occupent une partie de la France. Les voix que Jeanne entend lui demandent ni plus, ni moins de délivrer la France de l’occupation anglaise. Très tenace et charismatique, Jeanne parvient à quitter le village de ses parents et à convaincre des gens d’arme de la conduire auprès du Dauphin, le futur Charles VII. Elle réussit également à persuader l’héritier du trône de la laisser se rendre à Orléans. Il semble qu’elle n’y va pas en cheffe de guerre, mais munie d’un étendard. Son courage et son charisme parviennent sans doute à changer l’état d’esprit des troupes françaises, ce qui les conduit à la victoire. On aurait pu attribuer à cet épisode les vers de Victor Hugo :

L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme.(Les Châtiments, 1853)

Jeanne parvient ensuite à emmener le futur roi à Reims pour y être sacré. Le cours de la guerre de Cent Ans en fut changé.

John William Waterhouse (1849–1917), Sainte Jeanne

John William Waterhouse (1849–1917), Sainte Jeanne

En conclusion, on le voit bien, la figure de l’enfant est porteuse tout à la fois d’innocence, d’espoir et de vérité.