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Dans certaines régions d’Allemagne, on attribue les chutes de neige à Dame Holle, une fée qui secoue ses édredons et ses duvets à la fenêtre. Les plumes qui s’en échappent deviennent des flocons qui tombent doucement sur la terre. Dame Holle a un lien avec les quenouilles et les travaux de la laine. Elle récompense les filles qui filent avec ardeur, punit les paresseuses et veille à ce que l’interdiction du travail de la laine pendant les douze jours de Noël soit respectée. Elle donne aussi des cadeaux aux enfants à Noël et elle est la protectrice des chats. Les frères Grimm ont popularisé sa légende.

Une veuve vivait avec ses deux filles qui s’appelaient toutes les deux Marie. Ce n’était pas parce que la veuve manquait d’imagination qu’elles portaient le même prénom. La cadette était sa propre fille, née de son premier mariage avec un homme mort à la guerre. L’ainée était la fille que son second mari, lui aussi mort, avait eu de sa première femme morte en couches. La veuve avait une préférence pour sa véritable fille. Elle la laissait paresser dans la maison. L’autre Marie était la fille du premier lit de son défunt mari. Elle la gardait par charité et, surtout, elle la faisait travailler. En plus de tous les travaux ménagers, l’aînée devait filer de la laine pour payer sa pension.

Hans Thoma (1839–1924), Portrait de la soeur de l’artiste, Agathe, âgée de 15 ans, 1863, Alte Nationalgalerie Hans Thoma (1839–1924), Portrait de la soeur de l’artiste, Agathe, âgée de 15 ans, 1863, Alte Nationalgalerie

Quand il faisait beau, Marie, la fille aînée, s’installait près du puits pour filer. Ainsi quand ses mains enflaient, elle pouvait les rafraîchir avant de se remettre à l’ouvrage. Un jour, elle avait tant filé que sa main en était entamée. Un peu de sang avait taché l’ouvrage. Marie a voulu le laver avec l’eau du puits, mais elle a laissé tomber sa quenouille dedans. Ne sachant que faire, elle a couru vers sa belle-mère en pleurant et lui a raconté son malheur. La veuve, au lieu de la consoler, s’est mise à crier :

  • – Tu crois que l’argent pousse sur les arbres. Allons ! Va récupérer ta quenouille dans le puits et remets-toi au travail.
  • La pauvre Marie repart, toujours en larmes. Elle se penche au-dessus du puits pour voir s’il est profond. Elle n’en distingue même pas le fond. Elle grimpe sur le rebord du puits. Déséquilibrée, elle tombe dedans.

    La chute semble longue à Marie. Elle finit par se retrouver assise au milieu d’un champ fleuri, sous un magnifique soleil. Elle se relève. Ne sachant où aller, elle choisit une direction au hasard et se met à marcher. Soudain elle entend qu’on l’appelle.

    – Hohé !

    Marie regarde autour d’elle. Personne.

    – Hohé !

    Marie remarque que l’arbre devant elle, un pommier , bruisse des feuilles comme s’il voulait qu’il la remarque.

  • – Mes fruits sont mûrs. Il faut les cueillir avant qu’ils ne pourrissent.
  • Marie n’hésite pas. Elle secoue les branches basses de l’arbre et fait un tas de toutes les pommes qui sont tombées. Elle continue sa route. Elle arrive sur un chemin, elle le suit. Plus loin, elle aperçoit une maisonnette. En passant devant, elle entend :

    – Hohé !

    La porte est ouverte. Marie se dit que la voix vient de l’intérieur. Elle guigne. Personne. La maisonnette est un four communautaire. Le four se met à parler :

  • – Mon pain est cuit. Sors-le avant qu’il ne brûle.
  • Sans hésiter, Marie s’empare de la pelle à pain et sort les miches, qu’elle dépose sur une table qui se trouvait là. Elle continue son chemin. La prairie fleurie fait place à des champs cultivés, puis un jardin. Enfin elle aperçoit une jolie petite maison. Devant la maison, une vieille femme est assise sur un banc. Elle file de la laine. Marie reconnaît sa quenouille et sa pelote. La vieille femme lui sourit. Marie remarque ses dents énormes et pointues. Elle a peur, recule. Mais la vieille se met à parler :

  • – N’aie aucune crainte. Je ne te ferai aucun mal. Si tu restes chez moi et que tu m’aides à tenir ma maison, je saurai te récompense.
  • Ne sachant pas où aller, Marie accepte l’hospitalité de la vieille femme. Elle l’aide dans ses tâches quotidiennes sans rechigner. Un jour, en hiver, la vieille l’appelle :

  • – Aide-moi à secouer tous les édredons et les tous les duvets par la fenêtre.
  • Marie et la vieille femme s’emparent de toutes les parures de lit et les secouent tant qu’elles peuvent. De petites plumes s’en échappent. Dans le village de Marie, la neige se met à tomber. La vieille femme n’est autre que Dame Holle, qui fait tomber la neige, dit-on, en secouant ses duvets.

    Hans Thoma (1839–1924), Février Hans Thoma (1839–1924), Février

    Le temps a passé sans que Marie ne s’en rende compte. Elle a envie de rentrer chez elle, de revoir sa maison, son village. Elle s’en ouvre à Dame Holle. Cette dernière la comprend et elle accepte de la laisser partir. Elle lui rend sa quenouille et puis, elle l’accompagne sur la route jusqu’à un immense portail. Au moment où la jeune fille passe la grille, une pluie d’or ruisselle sur elle. Ses cheveux, ses vêtements sont couverts d’or.

    Marie l’aînée se retrouve sur le chemin près de sa maison. Marie la cadette et sa mère font la fête à la jeune fille quand elles la voient couverte d’or. La veuve la presse de questions. Après avoir entendu son histoire, la veuve envoie sa propre fille avec une quenouille près du puits. La seconde Marie lance sa quenouille dans le puits et saute dans le trou sans hésiter. Elle arrive dans la prairie fleurie. Quand le pommier lui demande de cueillir ses fruits, elle se contente de prendre une pomme pour la croquer en chemin. Quand le four lui demande de sortir le pain, elle prend une miche pour elle-même et repart. Parvenue chez la Dame Holle, elle n’a même pas peur de ses dents, car elle était au courant de leur taille. Elle travaille un seul jour et, dès le lendemain, elle préfère se vautrer dans les lits de la maison de Dame Holle. Elle ne tient pas à faire de vieux os dans cet endroit. Quelques jours plus tard, elle demande son congé à la vieille femme. Cette dernière lui rend sa quenouille. Elle l’accompagne jusqu’au portail. Au moment où Marie passe le grillage, elle s’attend à être recouverte d’une pluie d’or. Mais au lieu de cela, c’est une substance gluante, collante qui lui tombe dessus. De la poix ! En plus, quand elle se retrouve sur le chemin près de chez elle, le vent se met à souffler. De la poussière, des brindilles, des feuilles mortes viennent se coller sur elle. Quand elle arrive chez elle, elle ressemble à un épouvantail. Dépitée, elle rentre chez elle. Depuis ce jour, l’aînée des filles répond au nom de Marie d’Or tandis que la cadette est appelée Marie la Poisse.