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Un conte de Grimm intitulé Rumpelstilzchen (le Nain Tracassin en français) narre l’histoire d’une jeune fille qui, d’après son père, est capable de filer la paille en or. Cette idée intéresse au plus haut point le roi du pays qui fait venir la jeune fille dans son palais. Il l’enferme alors dans une salle remplie de paille jusqu’au plafond avec un rouet, la menaçant de mort si elle ne parvient pas à s’acquitter de sa tâche. La jeune fille se met à pleurer. C’est alors qu’apparaît un nain ou un lutin qui promet de faire le travail en échange d’un cadeau. La jeune fille fille donne son collier et le nain transforme la paille en or. Le roi souhaite avoir plus de fil d’or et, la nuit suivante, la jeune fille donne sa bague au nain. La troisième nuit, le souverain promet à la jeune de l’épouser si elle réussit encore à filer une salle remplie de paille. Mais la pauvrette n’a plus rien à donner au nain. Elle doit lui promettre de lui remettre son fils premier né. Devenue reine, elle donne au bout d’un an un fils au roi. Le nain vient la trouver pour lui rappeler sa promesse, mais la reine refuse de donner l’enfant. Elle est prête à donner toutes ses richesses, mais le nain refuse. Il lui accorde trois jours pour qu’elle découvre son prénom. Sinon elle devra lui remettre l’enfant pour de bon. La reine envoie des serviteurs partout pour collecter les prénoms les plus fantaisistes. Mais quand le nain se présente le soir, elle n’a jamais le bon prénom. Au matin du troisième jour, un serviteur surprend le nain en train de chanter derrière un buisson. C’est ainsi qu’il a apprend son nom, libérant la reine de sa terrible promesse. Quand le nain entend de la bouche de la reine son nom, il se fâche. Frappant le sol avec son pied, de colère, il s’enfonce dans le sol. Plus jamais on ne le reverra.

Anne Anderson (1874-1930), La fille du meunier, Wikipedia (http://www.artsycraftsy.com/anderson_prints.html)

Anne Anderson (1874-1930), La fille du meunier, Wikipedia (http://www.artsycraftsy.com/anderson_prints.html)

Ce conte comporte de nombreux thèmes typiques comme l’épreuve impossible à réaliser sans une aide surnaturelle, la promesse de donner son enfant pour se sortir d’un mauvais pas, le filage comme métaphore de la destinée, le nain gardien gardien de l’or. Mais ce qui retient toute notre attention ici, c’est la transformation de la paille en or.

La paille est un matériau bien modeste. On le réserve habituellement à la litière des animaux, dans l’étable. Quand on dit que quelqu’un qu’il est sur la paille, c’est qu’il est si pauvre qu’il dort sur une litière, comme un animal domestique. Pourtant il existe d’autres utilisations de la paille. On l’employait déjà aux époques préhistoriques pour fabriquer les toits, car elle protégeait bien de la pluie. Mais ce n’est pas tout. On la tressait pour fabriquer des chapeaux protégeant du soleil de l’été.

Giovanni Segantini  (1858–1899) Midi sur l’alpage, 1892, Musée Ohara

Giovanni Segantini (1858–1899) Midi sur l’alpage, 1892, Musée Ohara

De nos jours, la moisson est effectuée à l’aide de machines. Il n’en allait pas ainsi autrefois. On coupait les tiges des céréales à la serpe et on les rassemblaient en gerbe, d’où l’expression nouer une gerbe.

Jean-François Millet  (1814–1875), Récolte du sarrasin, entre 1868 et 1874, Musée des Beaux-Arts de Boston

Jean-François Millet (1814–1875), Récolte du sarrasin, entre 1868 et 1874, Musée des Beaux-Arts de Boston

Selon certaines croyances, comme le rapporte James-Georges Frazer dans le Rameau d’Or, on pensait que l’âme du grain survivait à la moisson. Dans certaines régions, la confection de la dernière gerbe de la moisson revêtait une importance particulière. Ailleurs on fabriquait de petits objets en tressant des pailles. Les poupées de grain étaient censées contenir l’âme du grain jusqu’à la prochaine récolte.

Poupées de grain de Cambridgeshire Handbells, Source: Renata, Wikipedia

Poupées de grain de Cambridgeshire Handbells, Source: Renata, Wikipedia

Les tiges d’autres plantes pouvaient être transformées en fibre. C’est le cas du lin qui servait à produire du fil avec lequel on pouvait faire des vêtements.

Jean-François Millet  (1814–1875), Briser le lin, entre 1850 et 1851, Walters Art Museum

Jean-François Millet (1814–1875), Briser le lin, entre 1850 et 1851, Walters Art Museum

L’utilisation et la transformation des tiges des plantes donnaient lieu à un artisanat aujourd’hui pratiquement disparu. Dans le passé, on cherchait à utiliser même ce qui aujourd’hui paraît sans valeur. Certaines personnes essaient tout de même de faire revivre ces activités. Et les contes permettent parfois de nous en souvenir.