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Dans une interview « improvisée » en pleine rue, diffusée dans l’émission Quotidien sur TMC, un journaliste interpelle Brigitte Macron, l’épouse du chef d’état français, sur les aspects jupitériens de la nouvelle présidence. La première dame répond qu’on entend effectivement beaucoup ce terme, même si n’elle n’est pas certaine que tout le monde en saisisse le sens. Elle admet bien entendu être elle-même une « adepte » de Jupiter. Le journaliste veut savoir quelle déesse elle pourrait incarner, si Emmanuel Macron est le pendant tricolore de Jupiter. Brigitte Macron, qui jusque là semblait bien renseignée sur la mythologie antique, apparaît soudain un peu empruntée. Elle se dit tout d’abord soulagée que son président de mari ne se comporte pas comme le volage Jupiter. Elle affirme ensuite qu’elle n’a pas envie de ressembler à son épouse, Héra-Junon (sic), une redoutable virago. Elle se demande aussi s’il y a une déesse que Jupiter a gardée auprès de lui longtemps. Enfin elle avoue ne pas savoir quelle déesse elle aimerait être, une déesse aimée de Jupiter bien entendu.

https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/ca-se-bouscule-touquet-bribri-macron.html#t=0

http://people.bfmtv.com/tv/brigitte-macron-commente-les-premiers-pas-de-son-mari-a-l-elysee-1185677.html

Bien que dotée d’une excellente culture générale, Brigitte Macron semble ignorer les détails de la vie sentimentale de Jupiter, appelé Zeus chez les Grecs. Elle est toute excusée, car le roi des dieux est un fieffé coureur de jupons. Et dans bien des cas, il a tout fait pour brouiller les pistes. Aidons-là donc à découvrir la déesse qu’elle aurait pu être si, au lieu de devenir le locataire de l’Elysée, Emmanuel Macron avait conquis le trône de l’Olympe, la foudre à la main.

La tâche n’est pas aisée, car Zeus a un tableau de chasse à faire pâlir Don Juan et ses « mille e tre » conquêtes. Laissons de côté les nymphes de court vêtues et les mortelles, qui constituaient son ordinaire, pour nous concentrer sur les déesses. Même dans cette catégorie, le choix est vaste.

Comme la First Lady française, éliminons d’emblée Héra, l’épouse officielle, soupçonneuse et acariâtre, toujours prompte à la dispute. Si le ciel est parfois orageux, on le doit à son humeur variable et à ses crises de jalousie.

François de Troy (1645–1730), Françoise Marie de Bourbon (1677-1749) en Junon

François de Troy (1645–1730), Françoise Marie de Bourbon (1677-1749) en Junon

Passons à Déméter. On ignore les détails de sa liaison avec Zeus. On sait seulement qu’il en naquit une fille. Déméter, déesse du blé, serait plutôt la Muse des comices agricoles, chère à Daudet. Donc plus encline à s’enticher d’un sous-préfet que d’un président. Et puis Perséphone, la fille de Déméter et de Zeus, est devenue par enlèvement et mariage forcé la reine des Enfers. Voilà qui ne colle guère avec l’Élysée qui est, dans la mythologie, l’équivalent de notre paradis.

Ces deux déesses, Héra et Déméter, appartiennent aux Olympiens, comme Zeus. Les Olympiens constituent une nouvelle vague de divinités qui ont cassé la figure à la vieille garde des Titans, afin de s’arroger le pouvoir sur le monde, l’univers, le cosmos (prononcer longuement le dernier o pour obtenir un effet dramatique), et cela de manière définitive. Les Olympiens symbolisent un pouvoir nouveau, moderne et incontesté. Or, comme on se plaît à le répéter dans les médias et les réseaux sociaux, dans le couple Macron, c’est Madame qui est plus âgée. Même si, aux yeux de certains aujourd’hui encore, cela va à l’encontre des conventions sociales, les divinités antiques n’en avaient cure et franchissaient allégrement la barrière des générations. Ainsi Zeus n’a pas hésité à séduire des déesses appartenant à la génération précédente, appelées les Titanides, ou bien leurs filles. C’est donc plutôt de ce côté-là qu’il faudrait chercher.

Dioné est une très ancienne déesse. On sait fort peu de choses d’elle, sinon qu’elle donna une fille à Zeus, Aphrodite, la divinité de l’amour. Même si Brigitte Macron a un côté très glamour, elle ne se résume certainement pas à son charme.

Certaines déesses prolifiques donnent à Zeus des filles par groupe de trois. C’est le cas de Thémis, déesse de la justice. Elle a enfanté les Moires. Trois femmes occupées à filer. Une occupation bien légère si ce brin de laine ne représentait pas notre destinée. La première le file, la deuxième le déroule et en mesure la part dévolue à chacun. La troisième le coupe, condamnant un humain de plus à manger les pissenlits par la racine. Thémis a aussi mis au monde trois autres filles, appelées les Saisons. Sa descendance symbolise le temps qui passe inexorablement. Mais ce temps ne semble guère avoir prise sur la première dame de France.

Les Saisons sont les compagnes des Grâces, les trois filles qu’Eurynomè a données à Zeus. Ces créatures tourbillonnantes ont pour noble tâche d’égayer les banquets des dieux par leurs chants et leurs danses ou de former un cortège gracieux pour l’une ou l’autre divinité en déplacement. Elles font en somme partie du décor et ne jouent aucun rôle actif. Le candidat Macron avait cependant promis que, s’il était élu, l’épouse du président aurait une position reconnue.

Le côté solaire de Léto, la mère d’Apollon et d’Artémis, rappelle sans doute la chevelure blonde de Brigitte Macron. Mais Léto avait aussi ses côtés sombres. La rancune n’était pas son moindre défaut. Raillée avec légèreté par Niobé, une simple mortelle, elle a ordonné à ses jumeaux de tuer les quatorze enfants de la malheureuse. Seuls deux échappèrent au massacre. Niobé versa tant de larmes que les autres dieux, dans leur mansuétude, l’ont transformée en un rocher d’où jaillit une source.

Marcantonio Franceschini (1648–1729), La naissance d’Apollon et d’Artémis, vers 1692-1709

Marcantonio Franceschini (1648–1729), La naissance d’Apollon et d’Artémis, vers 1692-1709

Pas plus de chance avec Maïa, la fille d’Atlas. Si elle n’a rien à voir avec l’apiculture, elle n’en reste pas moins une divinité agreste, éloignée des fastes olympiens. C’est dans une grotte rustique qu’elle a donné naissance à son fils Hermès, le futur dieu des télécoms. Comme quoi Zeus ne se préoccupe pas toujours des conditions de logement de sa progéniture.

Mnémosyne est sans doute une candidate des plus sérieuses. Mère des neuf Muses, elle incarne la mémoire autant que la culture. Un excellent choix pour une ancienne prof ! Mais Zeus est déjà omniscient. Il a besoin de plus qu’une enseignante.

N’est-ce pas dans Métis que l’on reconnaîtrait le mieux Brigitte Macron ? Métis, cette fille d’Océan et Téthys, une parmi trois mille autres, est considérée comme la première épouse de Zeus et dont il ne s’est finalement jamais séparé. Une terrible prédiction a scellé le sort de la jeune femme. D’après cet oracle, elle enfanterait un fils plus puissant que son père. Or elle attendait un enfant de Zeus. Plutôt que de l’anéantir, ce qu’aurait fait tout autre maître du monde, ce dernier décida tout bonnement … de l’avaler. Cette ingestion, c’est tout un symbole, quand on sait que le nom de Métis signifie sagesse. Ainsi Zeus incorpore la sagesse, qu’il rendra au monde sous la forme d’Athéna, sa fille préférée.

Bartholomeus Spranger (1546–1611), Minerve victorieuse de l’ignorance, vers 1591

Bartholomeus Spranger (1546–1611), Minerve victorieuse de l’ignorance, vers 1591

Leur fille naîtra du reste de manière étrange. Sa mère ayant été « ingérée », c’est Zeus qui accouche de sa fille. Il est pris un jour d’un terrible mal de tête. Pour le faire passer, il demande au dieu forgeron Héphaïstos de lui asséner un bon coup de marteau sur le chef. De son crâne ouvert jaillit une Athéna casquée et armée. La déesse se met à exécuter une danse guerrière. En plus d’être une fille à papa, Athéna représente quelques unes des qualités nécessaires à Zeus pour gouverner le monde. Divinité tutélaire de la cité d’Athènes, elle évoque l’art de gouverner. Déesse de la guerre, elle rappelle le rôle de chef des armées. Si Brigitte était une déesse, elle serait sans doute cette Métis. Son ingestion par Zeus rappelle son couple qu’on dit fusionnel. Et c’est sans doute par ce biais qu’elle a cultivé l’intelligence et la sagesse nécessaires à un homme pour accomplir son destin jupitérien. Et comme Zeus l’a avalée, on peut dire qu’il ne l’a jamais quittée.

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