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Comme chacun sait, Zeus, le roi des dieux, avait un faible pour les jeunes et belles femmes. On se dit que pour le roi des dieux, séduire les filles qu’il désire, c’est chose facile. Mais c’est sans compter sur la méfiance et la jalousie de son épouse, Héra. Le désavantage d’avoir épousé le maître du monde, c’est qu’on ne peut rien contre lui. Du coup, Héra se venge sur les infortunées amantes de Zeus et même sur ses rejetons. Par conséquent, bien qu’étant une divinité puissante, Zeus préfère mener ses aventures dans la plus grande discrétion. En tant que dieu, il possède le pouvoir de métamorphose, ce qui est très pratique. Pour s’approcher des femmes qui lui plaisent, il se transforme en taureau, en cygne, mais aussi en nuée ou en pluie d’or. Plus subtilement, il prend parfois l’apparence de l’époux de la belle.

Pierre Paul Rubens  (1577–1640), Juno et Argus, vers 1611

Pierre Paul Rubens (1577–1640), Juno et Argus, vers 1611

Ne reculant devant rien pour posséder l’objet de ses désirs, Zeus n’a pas hésité un jour à adopter les traits d’une autre divinité. Il aurait pu prendre l’apparence d’un jeune et charmant dieu comme Apollon ou Hermès. Ce n’était cependant pas une question de physique avantageux. Zeus avait bel allure avec son torse musculeux, sa barbe et sa chevelure fournies, toutes deux d’une blancheur éclatante. Il appartenait à la catégorie des vieux beaux dont le charme attire plus d’une femme, même parmi les plus jeunes. Le vrai problème, c’est que celle qu’il convoitait ne supportait pas la vue des hommes. Elle s’appelait Callisto et elle faisait partie de la troupe des filles sauvages et libérées qui suivaient la déesse Artémis dans ses folles chasses. Et comme toutes les autres, elle se contentait d’un gibier animal, car elle avait prêté serment devant Artémis de rester chaste toute sa vie, prenant la déesse chasseresse comme modèle. Le cas n’était donc pas simple. Non seulement Zeus devait échapper à la vigilance de sa femme, mais il fallait encore qu’il puisse s’approcher de la jeune fille sans qu’elle se méfie. Sur les conseils avisés d’Hermès, il a donc pris l’apparence d’Artémis elle-même. Ainsi Callisto ne se méfierait pas de lui … enfin d’elle

Zeus attend donc que Callisto, fourbue après une chasse harassante, s’arrête pour se reposer. La jeune fille s’étend sur l’herbe. Sous les traits de la déesse de la chasse, Zeus s’approche d’elle, tout près d’elle. Son plan fonctionne à merveille, cas Callisto ne montre aucun signe de méfiance. Elle ne s’effarouche pas non plus quand elle reçoit des baisers. Zeus se dit que la prétendue chasteté de sa fille n’est pas si stricte que cela et qu’elle semble s’autoriser des jeux entre filles. Cette réflexion l’encourage à aller plus loin et à resserrer son étreinte autour de sa douce proie. En ce qui concerne la suite, deux versions s’opposent. Selon les uns, la nature masculine de Zeus se manifeste. Effrayée, Callisto se débat. Mais rien n’y fait. Elle doit subir la loi du dieu. Ensuite elle s’enfuit. Dans sa course éperdue, Callisto finit par tomber sur la véritable Artémis. D’abord elle craint qu’il ne s’agisse à nouveau de Zeus. Mais la présence des autres nymphes la rassure. Les mois passent. Dans son ventre, le fruit de ses amours contraints avec Zeus grandit. Un jour elle participe à une battue avec la déesse et toute sa troupe. La chasse terminée, la déesse ordonne aux filles qu’elles se baignent. De peur qu’on ne découvre son état, Callisto refuse d’enlever ses vêtements. Mais, sur l’ordre de la déesse, les deux nymphes qui se trouvent à côté d’elle les arrachent. Callisto n’a pas le temps de se justifier qu’Artémis la chasse sans pitié.

Titien (1490–1576), Diane et Callisto, 1556 à 1559

Titien (1490–1576), Diane et Callisto, 1556 à 1559

Selon les autres, Callisto est ressortie des bras divins sans avoir la moindre idée de l’identité réelle de son amant, mais toute émoustillée du plaisir qu’elle a éprouvé. Tombant nez à nez avec la véritable Artémis quelques heures plus tard, elle veut se jeter dans ses bras. La déesse la repousse et saisit, au passage, que la nymphe a violé son serment de chasteté. Dans cette version aussi, elle la chasse comme une malpropre. Dans le palais de l’Olympe, Héra, soupçonne une nouvelle escapade de son divin époux et elle décide de faire un tour sur la terre, histoire de le surprendre sur le fait. La reine des divinités rencontre elle aussi la pauvre Callisto, assise sur un rocher, en pleurs. Elle cherche à la consoler et lui demande ce qu’elle peut faire pour elle. La jeune nymphe lui confie alors sa mésaventure et toute la perplexité que les caresses, puis le rejet d’Artémis ont fait naître en elle. Héra comprend tout de suite qu’une des deux Artémis ne peut être que son royal époux.

François Boucher (1703–1770), La Nymphe Callisto, séduite par Jupiter sous les traits de Diane, 1759

François Boucher (1703–1770), La Nymphe Callisto, séduite par Jupiter sous les traits de Diane, 1759

Dans les deux versions, Héra entre dans une colère noire en découvrant une énième aventure de son mari volage et elle transforme la malheureuse Callisto en une créature qui rebutera Zeus : une ourse.

Callisto a eu un enfant de Zeus, Arcas, celui-là même qui a donné son nom à l’Arcadie heureuse. Ne me demandez pas comment il a été conçu dans la seconde version, celle des amours purement saphiques. On serait en présence d’un cas de parthénogenèse. Toujours est-il qu’Arcas grandit dans la maison de son grand-père. Quand il a quinze, il va lui aussi chasser dans la forêt. Un jour, il tombe nez à nez avec une ourse. Il prend peur, mais l’ourse veut s’approcher de lui, car c’est la pauvre Callisto, trop heureuse de revoir son enfant. Arcas, effrayé, veut se défendre avec son javelot. Zeus, depuis son trône olympien, assiste à la scène. Pour éviter le pire, il transforme Callisto et Arcas en constellations. Ainsi apparaissent dans le ciel, la Grande et la Petite Ourse.

Héra n’est toujours pas calmée et sa rage repart de plus belle quand elle aperçoit Callisto et Arcas sur la voûte céleste. Elle se rend chez deux grandes divinités marines, Océan et Thétys, pour leur demander que, contrairement aux autres étoiles, ces deux constellations ne plongent jamais dans l’eau de la mer qui serait, au goût d’Héra, bien trop pure pour ces deux créatures liées aux infidélités de Zeus. C’est pourquoi la Grande et la Petite Ourse ne disparaissent jamais du ciel nocturne. Ce sont des constellations dites circumpolaires.

La version relatant un viol perpétré par Zeus est tirée des Métamorphoses d’Ovide, tandis que l’autre évoquant des amours saphiques entre Callisto et Zeus transformé en Artémis est exposée dans le livret de l’opéra de Francesco Cavalli intitulé La Calisto, livret dû à la plume de Giovanni Faustini.