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La cité antique de Palmyre, dont les vestiges doublement ruinés ont fait l’actualité, fut au 3ème siècle de notre ère le théâtre d’un destin extraordinaire, celui de Zénobie.

Zénobie est née en Syrie autour de l’an 240 de notre ère. Son père Antiochos était certainement un notable de la ville. Zénobie épousa vers 255 Odainath, un personnage puissant de Palmyre qui, avec le fils qu’il avait eu d’un premier mariage, conquit de vastes territoires en Asie mineure, dans une période politiquement troublée au cours de laquelle le pouvoir de Rome se relâchait sur cette partie de l’empire. Néanmoins Odainath resta l’allié de Rome et ne contesta pas sa suprématie. En 267, Odainath et son fils sont assassinés, on ignore par qui et pourquoi. Le fils de Zénobie, Wahballat, n’a qu’une dizaine d’années à ce moment-là. C’est donc sa mère qui assure la régence.

Herbert Schmalz (1856–1935), La reine Zénobie regardant Palmyre

Herbert Schmalz (1856–1935), La reine Zénobie regardant Palmyre

Zénobie cherche à protéger l’héritage de son fils. Dès 270, elle se lance dans des guerres de conquêtes en Asie mineure, en Egypte et en Arabie. Lors de l’accession de l’empereur Aurélien, également en 270, Zénobie et son fils montrent leur souhait de rester dans l’alliance de Rome en frappant une monnaie avec le portrait de Wahballat sur une face et celui d’Aurélien sur l’autre. Mais vers 271-272, Zénobie fait proclamer son fils empereur et elle-même se donne le titre d’Augusta. Pour Aurélien, le Rubicon est franchi. Il décide de mettre fin à cette dissension et de reprendre Palmyre.

Aurélien parvient à reprendre sans difficultés les provinces d’Asie mineure. Il affronte l’armée de Zénobie et de Wahballat à deux reprises, près d’Antioche, puis à Emèse. Il remporte à chaque fois le combat. Zénobie se retranche alors dans Palmyre.

L’histoire de Zénobie nous est connue par plusieurs sources dont la plus connue est celle de l’Histoire Auguste, un recueil de biographies des empereurs romains tardif (fin du quatrième siècle de notre ère) dont la valeur historique est contestable. Dans la biographie d’Aurélien, le combat de l’empereur contre la souveraine de Palmyre occupe une place importante. D’après l’Histoire Auguste, Aurélien aurait écrit une lettre à Zénobie pour l’enjoindre à se rendre. Zénobie lui aurait fait cette réponse pleine de panache :

Zénobie, reine d’Orient, à Aurélien Auguste. — Personne, avant toi, n’avait fait par écrit une telle demande ; à la guerre, on n’obtient rien que par le courage. Tu me dis de me rendre, comme si tu ne savais pas que la reine Cléopâtre a préféré la mort à toutes les dignités qu’on lui promettait. Les secours de la Perse ne me manqueront pas : à chaque instant ils peuvent arriver. J’ai pour moi les Sarrasins et les Arméniens. Vaincu déjà par les brigands de la Syrie, Aurélien, comment pourrais-tu résister aux troupes que l’on attend de toutes parts ? Alors, sans doute, tombera cet orgueil ridicule, qui ose m’ordonner de me rendre, comme si la victoire ne pouvait t’échapper.

Histoire Auguste, 27, traduction É. Taillefert, 1846

Le rapprochement avec Cléopâtre n’est pas étonnant. Du reste, certains prêtèrent à Zénobie des ancêtres issus de la famille des Lagides, qui régna sur l’Egypte de Ptolémée 1er à Cléopâtre. Le panache de cette lettre (qui n’est bien entendu pas authentique) n’est qu’un coup de bluff. En réalité, Zénobie s’enfuit. Elle sera capturée rapidement. Aurélien décide alors de l’emmener à Rome pour l’exhiber lors de son triomphe, en 274. On ignore le sort qui fut réellement réservé à Zénobie et à son fils, même si l’Histoire Auguste donne un récit haut en couleurs de ce triomphe, montrant la souveraine déchue de Palmyre exhibée avec tous ses bijoux.

Il n’est pas hors de propos de donner ici une idée de ce triomphe, qui fut, en effet, d’une magnificence extraordinaire. On y vit trois chars royaux : l’un, celui d’Odénat, richement incrusté d’or, d’argent et de pierres précieuses ; le second, offert à Aurélien par le roi des Perses, d’un travail aussi merveilleux que le premier ; enfin celui que Zénobie s’était fait faire pour elle-même, et sur lequel elle espérait faire son entrée dans Rome : et en effet, elle y entra sur ce même char, mais vaincue et menée en triomphe. On voyait encore un autre char attelé de quatre cerfs, qui passe pour avoir appartenu au roi des Goths ; et sur lequel Aurélien monta, dit-on, au Capitole, pour y sacrifier ces animaux qu’il avait pris, et voués en même temps que le char, à Jupiter Très-Bon, Très-Grand. En tête du cortège, s’avançaient vingt éléphants de Libye apprivoisés, deux cents bêtes diverses de la Palestine, que l’empereur offrit aussitôt à des particuliers, pour n’en pas surcharger le fisc ; deux paires de tigres, des girafes, des élans et des animaux de toute sorte ; venaient ensuite huit cents paires de gladiateurs, des prisonniers faits sur les nations barbares, des Blemmyes, des Axomytes, des habitants de l’Arabie Heureuse, des Indiens, des Bactriens, des Hibères, des Sarrasins, des Perses, portant chacun des productions de leur pays ; puis des Goths, des Alains, des Roxolans, des Sarmates, des Franks, des Suèves, des Vandales et des Germains, les mains liées derrière le dos. Parmi eux se trouvaient les principaux habitants de Palmyre échappés au massacre, et quelques Égyptiens rebelles.

On y voyait encore dix femmes, qui avaient été prises, déguisées en hommes, combattant parmi les Goths ; il en avait péri un grand nombre d’autres, qui, d’après une inscription, auraient appartenu à la race des Amazones. On porta aussi des écriteaux où se lisaient les noms des peuples vaincus. Au milieu de cette pompe, s’avançait Tetricus, en manteau de pourpre et en tunique verte, avec les braies gauloises ; à côté de lui marchait son fils, qu’il avait proclamé empereur en Gaule. Puis venait Zénobie, chargée de pierreries, les mains retenues par des chaînes d’or que soutenaient d’autres captifs. On portait aussi des couronnes d’or, présents de toutes les villes dont les noms étaient indiqués par des inscriptions. Enfin, le peuple romain, qui suivait les drapeaux des collèges et ceux des camps, puis les soldats armés de toutes pièces, les dépouilles des rois vaincus, l’armée tout entière et les sénateurs (un peu abattus peut-être, car ils voyaient Aurélien triompher, pour ainsi dire, de leur ordre), ajoutaient à la magnificence du cortège. On arriva vers la neuvième heure au Capitole, et, le soir seulement, au palais. Les jours suivants, on célébra des réjouissances publiques, représentations scéniques, combats du Cirque, chasses, gladiateurs et naumachies.

Histoire Auguste, 33-34, traduction É. Taillefert, 1846

Giovanni Battista Tiepolo (1696–1770), La reine Zénobie devant l'empereur Aurélien

Giovanni Battista Tiepolo (1696–1770), La reine Zénobie devant l’empereur Aurélien