Étiquettes

, , , , , , ,

En cette fin du mois de juillet, intéressons-nous à la marguerite, cette fleur qui nous révèle les sentiments amoureux et bien d’autres choses. Diverses croyances illustrent son lien avec l’amour et la séduction. Cette croyance en la marguerite comme oracle amoureux est joliment illustrée par un conte de Stéphanie Lockroy, reproduit dans la section Textes

« Il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ! » Qui n’a jamais cueilli une fois dans un pré une marguerite (leucanthemum vulgare) et n’en a arraché les pétales un à un pour savoir si son amoureux l’aimait ? C’est une tradition bien ancienne que même les garçons ont le droit d’utiliser. Il est cependant déconseillé de procéder à l’effeuillage en compagnie de l’élu de son cœur, surtout si tout va bien. En effet, si on arrache le dernier pétale quand vient le tour du triste et froid « pas du tout », on risque de devoir se lancer dans de longues explications. Ambiance plomblée garantie. Pour éviter cette situation, il vaut mieux que le jeune homme cueille un bouquet pour sa belle ou que la jeune fille tresse une couronne de marguerites pour orner sa belle chevelure. L’aventure dans les prés ne s’en terminera que mieux.

Une jeune fille effeuille une marguerite.

Jean-Baptiste Greuze (1725–1805), La simplicité, 1759, Kimbell Art Museum

Voir aussi :

Jean-François Millet, Le bouquet de marguerites, vers 1871, Musée d’Orsay, Paris, France

Il existe des variantes régionales des degrés amoureux et même des questions que l’on peut poser à l’oracle floral. Ainsi dans le département des Deux-Sèvres, on demande à la marguerite s’ « il m’aime, un peu, beaucoup, par amour, par jalousie, par fantaisie, pas du tout ». Mais dans la Manche, certainement par réalisme, on élargit le champ des destinées en cherchant à savoir si on sera « femme, fille, veuve, religieuse » ou encore amoureuse. Dans la Mayenne, on s’inquiète plutôt du devenir de son âme : « Paradis, purgatoire, enfer ». Enfin, en Belgique, de manière très pragmatique, on cherche à connaître à l’avance ses conditions matérielles d’existence : « Maison, baraque, château ». Bien entendu, aucune étude sérieuse n’a réussi à établir une corrélation entre le résultat de l’effeuillage et le destin de l’effeuilleuse.

image

La marguerite est liée à l’amour et à la séduction. Et on fera bien de s’en méfier. On croit en effet, dans le Suffolk, en Angleterre, que la femme qui a arraché la première marguerite de l’année « sera possédée par le démon de la coquetterie jusqu’au matin de la sainte du même nom, le 16 novembre ». L’atteinte peut être grave au point que la coquette s’enfuira avec le premier beau parleur venu. Récupérer sa mie, dans cette situation, n’est pas une mince affaire. Il faut retrouver le pied de marguerite coupable, le couper en quatre comme un cheveu et le planter aux quatre coins cardinaux autour de sa maison. Si les quatre plants prennent, Madame reviendra. A la première lune qui suit son retour, elle sortira même faire le tour du jardin à quatre genoux, probablement histoire de s’excuser pour sa malencontreuse conduite. Aux dernières nouvelles, les coquettes reviennent rarement …

Sources : Eloïse Mozzani, Le livre des superstitions, Paris, 1995, s.v. marguerite.

Planche botanique avec plusieurs vues d'une marguerite

Prof. Dr. Otto Wilhelm Thomé, Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz 1885, Gera, Allemagne

La saison de la floraison de la marguerite correspond aux mois de juin et de juillet. Pour s’en souvenir quand la bise revient, rien de mieux qu’un conte. Celui que nous présentons ici est de la plume de Stéphanie Lockroy. Il raconte les mésaventures d’une princesse Marguerite, très jolie mais trop curieuse et trop bavarde, et du courageux prince Coquelicot qui n’hésitera pas à braver la méchante fée Courtillière et son gredin de fils, le prince Grillon, pour sauver l’imprudente de leurs griffes. Le tout dans un décor de champ de blé.

——–

Texte du conte La Princesse Marguerite et Le Prince Coquelicot